Les visages de notre histoire
À travers le temps et les générations, découvrez les maires qui ont façonné Saint-Charles-Borromée
Porté par le souvenir de ces époques qui s'estompent sans jamais s'effacer, voyageons à travers 171 ans d'histoire. C'est l'épopée des bâtisseurs : des pionniers qui ont tracé nos premiers rangs à mains nues, jusqu'aux visionnaires de nos infrastructures modernes. Une lignée d'âmes résilientes qui ont tenu la barre face aux tempêtes économiques et aux fracas des guerres mondiales.
Dans le sol de Saint-Charles-Borromée, chaque maire a gravé son empreinte. Certains ont tenu le gouvernement pendant quarante ans ; d'autres, le temps d'un éclair de deux ans. Mais tous, sans exception, ont forgé l'identité de ce joyau de Lanaudière. Découvrez les visages, les destins et l'héritage de ces hommes qui ont écrit notre histoire.
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Édouard Scallon (1855-1861)
Avant d'être la ville que l'on connaît, Saint-Charles-Borromée portait un nom qui racontait déjà son double visage : Saint-Charles-Borromée-du-Village-d'Industrie. À sa tête se tient un homme d'affaires au flair aiguisé : Édouard Scallon. Fortune faite dans le commerce du bois, ce gestionnaire hors pair a troqué ses billots pour l'écharpe de premier maire de l'histoire lors de la mise en œuvre des municipalités en 1855.Scallon voit grand, et surtout, il voit loin. Pionnier du rail québécois, il s'associe à d'autres hommes d'affaires avec une idée audacieuse : relier le Village d'Industrie à Rawdon par le train, transformant le territoire en une véritable plaque tournante économique. À son dernier souffle, il lègue une fortune colossale de 100 000 $ pour ériger les piliers de la communauté : l'Hôpital Scallon (futur Saint-Eusèbe) et l'École industrielle de Joliette. Scallon n'a pas seulement bâti. Il a financé l'avenir.
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Charles-Gaspard de Lanaudière (1862-1864)
Le 20 janvier 1862, la gouvernance change de mains : Charles-Gaspard de Lanaudière, neveu du légendaire Barthélémy de Joliette, succède à Scallon à la mairie. Il hérite d'un territoire en pleine effervescence, mais surtout d'un immense casse-tête administratif.Coincé au sein de la même municipalité, le cœur urbain du Village d'Industrie cohabite difficilement avec la grande zone rurale de SCB. Pour de Lanaudière, c'est une double gestion exténuante : il faut voter des règlements pour les champs d'un côté, d'autres pour le village de l'autre, en imposant de faire concorder le tout. Le statut de « village non incorporé » montre vite ses limites. La pression citoyenne monte, et le constat devient inévitable : le territoire doit se diviser.
Le 2 février 1863, de Lanaudière et son conseil municipal tranchent et votent une résolution historique pour séparer le village de la paroisse rurale. Quelques mois plus tard, le 15 octobre 1863, le gouvernement donne son feu vert. Le cœur urbain se détache pour devenir la Ville de Joliette. De Lanaudière en prend les commandes, laissant la vaste zone rurale de Saint-Charles-Borromée voler de ses propres ailes.
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Narcisse Lévesque (1864-1866)
C'est à ce cultivateur au cœur solidement enraciné qui revient au titre de premier maire de la zone rurale nouvellement établie. Père d'une grande famille de sept enfants, Narcisse Lévesque stabilise la municipalité naissante pendant deux années cruciales, de 1864 à 1866, prouvant que la terre de Saint-Charles-Borromée possède toute l'autonomie et la vigueur nécessaires pour tracer sa propre voie. En son honneur, la rue Lévesque porte toujours son nom aujourd'hui.
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François-Xavier Trudeau (1866-1872)
Meunier et cultivateur aux poches pleines de projets, il possède plusieurs terres, dont au moins cinq dans la concession des Prairies. Trudeau est un pilier de la première heure. Sans descendance directe, il consacre toute son énergie à la municipalité. Preuve de son impact : un siècle plus tard, la Ville baptisera une rue en son honneur pour graver son nom dans le paysage.
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Olivier Robillard (1872-1875)
Un mandat court, une présence essentielle. Robillard assure la transition au sortir des années fondatrices avec la discrétion de ceux qui font le travail sans chercher les honneurs.
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Charles Rivest, dit « Charlette » (1875-1878)
Ne vous fiez pas à sa petite taille qui lui vaut son surnom : « Charlette colorée » est un personnage et un inspecteur agraire redoutable. Animé d'un esprit partisan, il convoque les gens du rang Petite-Noraie pour leur décoder les journaux de l'époque, en ne leur transmettant, bien sûr, que ce qui fait l'affaire de son clan. À travers ses fonctions, il fait la guerre aux nuisances : nettoyage des ruisseaux sous 24 heures, branches envahissantes abattues sans pitié. Un homme de terrain, au sens le plus propre du terme.
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Louis Bazinet (1878-1916)

Le record absolu. Pendant près de quarante ans, Louis Bazinet règne sur la destinée de SCB. Brillant diplômé du Collège de Joliette, il mène une double vie trépidante entre ses champs et les salons feutrés de l'Assemblée nationale, où il est élu député libéral. Durant quatre décennies, rien ne se fait à SCB sans l'aval de ce géant de la politique locale. Un monument.
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Gaspard-Osias Lapierre (1917-1927)
Cultivateur et agent des terres de la Couronne, Lapierre jongle avec les lots de terre comme personne. Père d'une impressionnante lignée de douze enfants, il guide la municipalité à travers les Années folles avec la rigueur d'un homme qui connaît chaque arpent du territoire.Partager
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Adélard Coderre (1927-1937)
Élu à la mairie l'année précédant le grand krach boursier, ce cultivateur de métier traverse la pire tempête économique du XXe siècle en maintenant le cap de la municipalité avec résilience et pragmatisme. Dix ans de gouvernance dans la tourmente sans jamais lâcher la barre.Partager
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Romuald Dalphond (1937-1939)
Deux ans de mandat, bousculés par les vents violents de la Seconde Guerre mondiale imminente. Court, mais pas effacé : son nom résonne encore aujourd'hui à travers la place et la rue Romuald-Dalphond.Partager
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Henri Majeau (1939-1947)

Agriculteur respecté et figure fondatrice, Majeau cultive une terre unique en forme de presqu'île. Ce que ce visionnaire ignore encore, c'est que ses champs accueilleront quelques décennies plus tard le mythique Théâtre des Prairies, symbole culturel de toute une région.
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Arthur Robillard (1947-1951)
Agriculteur visionnaire du rang Petite-Noraie, il s'associe à son frère Willie pour implanter la toute première industrie laitière de la région. Une fois à la retraite, ce passionné de lecture investit dans l'immobilier et insuffle un vent de modernité à la mairie. L'homme qui a transformé les étables en économie.Partager
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Wilfrid Ranger (1951-1956)
Le parcours le plus atypique de toute la fresque borroméenne. Après quarante ans de carrière à la Ville de Montréal comme capitaine-détective et assistant-inspecteur de police, Ranger prend sa retraite à SCB. Juge de paix, président de commission scolaire et diplômé en radiesthésie, l'art de trouver l'eau avec une baguette. Cet homme aux mille vies quitte ses fonctions après un lourd deuil familial, laissant l'image d'un engagement social absolument hors norme. Aujourd’hui encore, le souvenir de son passage demeure bien vivant à travers la rue Wilfrid-Ranger. Partager
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Paul-Émile Robillard (1956-1957)

Un passage d'un an à la mairie avant de choisir de s'établir de l'autre côté de la rive, dans la toute nouvelle municipalité de Notre-Dame-des-Prairies qui vient de naître. Il s'éteindra à l'âge vénérable de 98 ans, bien après avoir vu SCB devenir ce qu'il avait imaginé.
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Charles-Auguste Majeau (1957-1968)

Premier maire du SCB moderne après le détachement de Notre-Dame-des-Prairies, Majeau hérite d'un territoire amputé de plus de la moitié. Mais sa jovialité proverbiale et son sens de l'humour désarment tous les obstacles. Ce grand agriculteur, dont la propriété coupait littéralement la ville de part en part, est l'auteur du tout premier plan d'urbanisme de la communauté. Il s'assure que SCB cesse d'être un ensemble de rangs pour devenir une communauté planifiée, cohérente, tournée vers l'avenir.
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Robert Boucher (1968-1983)

Si Majeau a dessiné les plans, Boucher sort la pelle et le béton. Sous son règne méthodique, 53 rues sont municipalisées. Il sort les bureaux municipaux du sous-sol du secrétaire-trésorier pour bâtir la caserne d'incendie et le garage municipal. C'est l'époque de la croissance folle : SCB coaménage la plus longue patinoire du Québec sur la rivière L'Assomption, lance le Festi-Glace, inaugure le centre récréatif Pierre-De Coubertin. Boucher devient tout naturellement le premier préfet de la MRC de Joliette. Un bâtisseur au sens plein du terme.
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Gaby Larrivée (1983-1988)

Banquier le jour, entraîneur de baseball mineur le soir, Larrivée insuffle l'énergie d'un entraîneur sportif à la mairie. On lui doit un coup de circuit infrastructurel majeur : l'inauguration de la centrale de traitement des eaux. C'est aussi lui qui fait l'acquisition de la Maison Antoine-Lacombe pour en faire le joyau patrimonial de la ville, avant de s'envoler vers la politique fédérale à Ottawa.
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André Hénault (1988-2017)
Trente ans de stabilité absolue. Réélu huit fois par acclamation, cet ancien directeur général de la Chambre de commerce structure la ville avec la précision d'une horloge suisse. Cette période consacre le succès des grandes alliances régionales, comme la Régie intermunicipale de sécurité publique et la cour municipale partagée. Elle se distingue surtout par une saine obsession : concevoir des outils concrets pour rapprocher la population des décisions du conseil. Sous Hénault, la transparence devient une marque de commerce.Partager
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Robert Bibeau (2017-2025)

Après un impressionnant record de 31 ans comme conseiller, Bibeau prend les rênes avec une priorité claire : la qualité de vie citoyenne. Le paysage se transforme de façon spectaculaire sous ses deux mandats. Il métamorphose le parc Casavant-Desrochers en y implantant la patinoire réfrigérée, le skatepark et les jeux d'eau. Son mandat est marqué par l'arrivée de l'École Le Préambule et par une volonté ferme de tisser des liens avec les collectivités voisines, notamment à travers la carte Civis et l'aménagement de passerelles cyclables. Le pôle sportif du parc porte aujourd'hui son nom. Un hommage mérité.
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Alexis Nantel (2025-présent)

L'histoire s'écrit maintenant. Homme de communication, expert en marketing, figure bien connue de la radio et de la télévision, il injecte une vision résolument moderne à SCB. En fondant Collectivité, le tout premier parti politique de l'histoire de la municipalité, il est élu maire par acclamation avec toute son équipe. Son mot d'ordre : une ville verte, inclusive, protectrice de ses espaces boisés, sécuritaire autour de ses écoles, transparente..
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Derrière les archives : redonner vie à notre passé
Reconstituer plus d'un siècle et demi d'histoire est un travail de moine qui comporte sa part de mystères. Si certains visages et détails biographiques ont traversé le temps grâce aux technologies d'époque, d'autres se sont malheureusement estompés. L’absence de portraits ou de photos officielles pour certains maires témoigne de la réalité d'une époque où immortaliser un visage relevait de l'exception. Pour redonner à cette galerie historique tout son éclat, de nombreuses photographies d'archives ont fait l'objet d'un minutieux travail de retouche et de colorisation numérique, nous permettant aujourd'hui de croiser le regard de ces bâtisseurs avec une clarté inédite.
Sources et références bibliographiques
- MARTEL, Claude.Histoire de Joliette au cœur de Lanaudière, 2015.
- TISSOT, Louise et LAFORTUNE, Hélène.Saint-Charles-Borromée : de municipalité de campagne à municipalité verte, 2003.
- TISSOT, Louise.Toponymie : étude des noms de rues, Hôtel de ville de Saint-Charles-Borromée.
- Archives et iconographie : Procès-verbaux de la Ville de Saint-Charles-Borromée, Société d'histoire de Joliette-De Lanaudière, Archives nationales du Québec à Montréal (BAnQ), Assemblée nationale du Québec et mairesduquebec.com.
Crédits photographiques
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Studio photo Serge Hétu
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Alain Landreville, maître photographe agréé
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Benoit
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Marie-Ève Rompré